Accueil | Points de vente   
  Latitudes Noires   Témoignages   Expression directe   Cartogrammes
  Savoirs Autonomes   Imaginaires Politiques   Voies AutoNomades   Décrypt’Age
  Univers des Possibles   Horizon Critique
 
Collection : Savoirs Autonomes


AU COMMENCEMENT, LES ARTS DERNIERS...

Préface de Olivier SULTAN,

directeur du Musée des Arts Derniers www.art-z.net/expos_en_cours.htm

-  English version below French version

« Depuis trop longtemps, nous ne défendons la culture qu’avec les armes de l’esprit, alors qu’elle est attaquée avec des armes matérielles. N’étant pas uniquement une manifestation de l’esprit, mais aussi et surtout, une production matérielle, la culture devrait être défendue avec des armes matérielles. » Bertholt Brecht

Sur le Front

Bruce Clarke est un artiste résolument au coeur de la politique, de l’art, et de la réflexion. Il joue sur deux plans à la fois : d’un côté, il stimule notre réflexion (les causes du génocide au Rwanda notamment), et, dans le même temps, son œuvre reste « belle » au sens kantien du terme ; elle plait universellement. Du décalage, de la provocation, peut ainsi naître le débat.

Pro-vocare : appeler à la présence par le verbe, c’est-à-dire l’inverse du consensus publicitaire ou de la pensée politiquement formatée, qui, dans les deux cas, vont conforter une tendance existant déjà dans l’opinion ou dans le marché. Le produit commercial ou la propagande politique opèrent comme une sorte d’entonnoir : on part d’une image, d’un slogan séduisant, pour aboutir à un produit unique, à une pensée pré-formatée. La démarche artistique est à l’exact opposé de la publicité : son point de départ est l’oeuvre, mais cette oeuvre invite à l’infini du hors-cadre. C’est ce qu’Yves Klein affirmait, lorsqu’il disait que ses monochromes envahissaient l’espace autour d’eux, engloutissant le spectateur. Bruce Clarke est un artiste véritable. Il maîtrise parfaitement cet équilibre, cette tension entre la forme et l’informe, le concept et le sensible. On peut réfléchir, au coeur d’un « beau » tableau. Ses groupes d’opprimés surgissent soudainement. Crevant les affiches, brisant les murs, bousculant les mots et les manchettes des journaux. Eux, les anonymes, les hommes de l’ombre, les reclus, les exploités, les immigrés, les clandestins, les statistiques de l’Histoire contemporaine.

Courir ensemble

La démarche artistique de Bruce Clarke est aussi la nôtre au Musée des Arts Derniers. C’est pour cette raison qu’il est de toutes nos expositions. Nous avons ouvert un champ de liberté qui se « joue » (à tous les sens du terme) des stratégies complexes d’exclusion et de sélection des œuvres dans notre société. Bien que l’offre de la scène culturelle française soit abondante (musées, centres culturels, DRAC, FRAC, galeries), elle est paradoxalement très formatée. Un musée est assujetti à la volonté du politique, et doit aussi faire du « chiffre », des entrées, vendre des souvenirs. Comme le souligne le critique d’art Philippe Dagen dans La haine de l’art, les grandes expositions consensuelles (les impressionnistes par exemple) connaissent un très grand succès et modèlent notre regard et notre désir, tandis que la part consacrée à l’art contemporain est infime et dérisoire. Le « Patrimoine » est sans cesse célébré, au détriment de la jeune création. En 2003, la décision de créer à Paris le Musée des Arts Derniers nous est apparue comme une évidence. Un peu comme un jeu d’enfants, toujours aux limites du sérieux et de la désobéissance. Simple comme « Dada ». Notre collaboration avec Bruce Clarke s’est organisée naturellement, sur un territoire gagné chaque jour par notre travail, chacun à sa façon, contre les nombreuses machines de domination. Tout d’abord, la création d’un champ de liberté, une alternative, moins par réaction que par besoin urgent de liens, de mises en relation. Au début de ce nouveau siècle, les artistes africains étaient toujours marginalisés, peu ou pas exposés, rassemblés dans un bloc « ethnique », étiquetés, labellisés ; au Musée des Arts Africains et Océaniens, parfois au Musée Dapper, parfois à la Fondation Cartier, bientôt au Musée du Quai Branly, en tout cas trop souvent associés à l’idée de naïveté ou de pureté. De manière générale, la plupart des artistes et des structures d’art en France obéissent à la logique de la commande, qui conditionne les oeuvres et les expositions. Il y a une sorte de protocole, de consensus : l’artiste, comme la structure, font des propositions esthétiques qui correspondent au budget et à l’esprit de l’organisme commanditaire (DRAC, FRAC, etc) entraînant deux risques d’autocensure, financière et idéologique. Tout semble balisé et rares sont ceux qui s’autorisent le détour.

Les enjeux de pouvoir et les idéologies apparaissent de manière encore plus claire lorsque l’on a affaire à la promotion des artistes africains. Tantôt « magiciens » de la terre, tantôt « phénomènes de vitalité » (entendu à propos du sculpteur sénégalais Ousmane Sow), l’artiste africain est marginalisé. Il est l’Autre absolu, un objet de fascination. Dans le jeu des discours de pouvoir, de contrôle et de désir de domination, tel l’ « Africain » des expositions universelles du début du XXe siècle, l’artiste « exotique » contemporain est défini par les ethnologues, les critiques, les commissaires européens. Bien peu, aujourd’hui, ont pu échapper à ce véritable rouleau compresseur des préjugés raciaux (donc racistes). On peut citer Barthélémy Toguo, Yinka Shonibare ou encore William Kentridge.

Arts derniers

Le choix du terme d’arts « derniers » illustre notre combat pour l’affirmation d’une identité nouvelle des créateurs africains. « Derniers » au sens d’ « actuels », mais aussi en contre-pied à « Premiers », euphémisme de « primitif » ; hors Histoire, hors culture, hors civilisation. On refuse à l’art contemporain africain le droit de quitter le ghetto de l’exotisme et de s’énoncer comme contemporain. Avec cette appellation, il s’agissait donc de redéfinir la cartographie, les contours de l’art contemporain issu d’Afrique ; un petit séisme avec l’Afrique comme épicentre. Toute énonciation, nous dit Roland Barthes, est un code de législation. Le Musée des Arts Derniers, en plaçant un point d’interrogation au beau milieu du terrain des galeristes et des musées parisiens, introduit un jeu, une rumeur, hors des systèmes de pouvoir.

La mémoire et ses ombres

Bruce Clarke aborde souvent ce thème dans ses tableaux : l’altérité, l’autre sans visage, sans nom propre, le déplacé, l’immigré forcé de quitter une terre pour une autre. Il est représenté, consommé par les mécanismes de domination et d’exploitation. Après ses ressources, ses oeuvres d’art, sa main-d’œuvre, on exploite son image, son destin. Ce rapport d’inégalité est très fortement ancré dans l’œuvre de Bruce Clarke. Qu’il s’agisse d’exploitation du Sud par le Nord, ou du Sud par le Sud ou encore du Nord par le Nord. Dans les oeuvres de Bruce Clarke, le masque a une très grande importance. Non pas le masque « africain », mais la silhouette anonyme, qui recouvre l’individu. L’une des raisons d’être du musée des Arts Derniers est justement de lutter contre l’anonymat des artistes. Parce que l’artiste, par essence, n’est pas anonyme, n’est pas « en groupe » ou en clan. Les mouvements, en art, durent peu de temps, tandis que l’artiste, comme individu, perdure. Bruce Clarke lutte à travers son œuvre contre l’assimilation de l’homme à un objet. Depuis plusieurs siècles, l’Europe a ce désir pour l’étrange, l’exotique, l’ « authentique », le « pur », catégories idéologiques qui ont d’ailleurs conduit aux pires catastrophes de l’Histoire. De l’ethnologue au collectionneur ou au directeur de musée, tout le monde est obnubilé par les origines ethniques, au détriment des créateurs, des individus. Il y a là quelque chose d’obscène, de quasi pornographique : le désir est d’autant plus fort que l’autre est réduit au statut de quasi objet (objet de curiosité, objet d’étude, objet de fascination) et non de sujet. On peut voir la trace de cette violence dans certains tableaux de Bruce Clarke, lorsque le pourpre d’une silhouette informe envahit la toile. Un peu comme dans une toile de Francis Bacon. On retrouve souvent dans les tableaux de Bruce Clarke cette protestation du personnage, qui surgit et fait irruption dans notre espace, dans notre champ de vision. On ne l’avait pas vraiment invité. Une violence qui ressemble à celle du désespéré, du fou. Du fou du roi, peut-être, qui lui renvoie son image dans un ricanement terrifiant... J’ai parfois pensé à l’image de l’invité surprise, du pavé dans la mare, à propos du Musée des Arts Derniers. Pas vraiment invité ni attendu, dans ce champ de bataille et d’enjeux de pouvoir qu’est le milieu de l’art et de la culture. On aime bien que les places soient désignées à l’avance. Ce petit musée irrite, son nom aussi intrigue. Un peu comme si l’on entrait dans ce milieu par effraction. Cela me fait penser au film Dans la peau de John Malkovitch, où le héros a investi l’étage « 7 1/2 » d’un immeuble de bureaux. Un demi-étage, où l’espace est à la fois plus réduit, mais en même temps extensible à l’infini. Le Musée des Arts Derniers a été comme l’ouverture d’une brèche. Une aventure donc, qui, en laissant la parole aux artistes, permettrait au sens de se construire au fur et à mesure, sans trop de règles justement. On rapporte que Lénine et Freud étaient désorientés par les dadaïstes et leurs réunions au Cabaret Voltaire à Zürich : trop « irrécupérables »...

La Loi de l’image

Pour être libre (et donc repousser les limites), il faut aussi une base. Chez Bruce Clarke, c’est incontestablement la toile. Il y amène le spectateur, sur un terrain apparemment connu, « balisé ». Oui, nous sommes bien face à un tableau, accroché au mur d’une galerie. Situation assez familière pour que l’oeil puisse s’attarder, et être aimanté par le dispositif de l’artiste. Dans ce cadre, dans cette composition esthétiquement remarquable, surgit une tension, une voix, un scandale. Des mots apparaissent, certains en gros (« No Dogs », « Hommage aux hommes détruits, « Joyeusement vers la guerre ethnique » ou « Opprimés »), d’autres sont comme effacés, ou apparaissent en transparence. Un gros titre de presse, agrandi, crée l’étonnement. L’image est souvent déchirée, comme on arrache une affiche, comme on déchire soudain la page d’un journal, de rage. Des tensions apparaissent. Des formes sombres, pourpres, des visages blancs, des silhouettes, un rapport complexe entre les mots et les images. Bruce Clarke n’illustre pas l’un par l’autre : les deux sont des éléments essentiels de la composition plastique et constituent l’équilibre du tableau. Le mot, la lettre, la phrase sont des éléments de la palette au même titre que les couleurs et les formes. Du fait même du décalage entre les phrases imprimées et les images, l’esprit n’est pas « contenté » par une adéquation parfaite (comme dans la publicité ou l’image d’actualité par exemple). L’artiste est sans doute plus près des profondeurs et des contradictions que le philosophe ou l’homme politique. Il peut déchirer le voile et nous donner à voir ce qui bouillonne sous l’écorce du monde. Pas de décoration ou d’arrangement. L’art est profondeur infinie. Bruce Clarke n’hésite pas à plonger dans ce tourbillon. Il est téméraire. Il s’égare, s’isole, se déchire, se met en pièces.

L’Afrique fantôme

Dans le domaine de l’art africain (« classique » ou « contemporain »), les stratégies de pensée dominante et les rapports de pouvoir sont encore plus évidents : l’art africain, tel qu’il est reçu en France notamment, est le reflet exact de notre rapport à l’Afrique. Pour l’art ancien, présenté comme un art « premier », il est ethnique, tribal, hors de l’Histoire. L’Afrique est souvent présentée comme l’ailleurs absolu, un « pays » fantasmé, objet de tous les préjugés. « Noir » ou « Naïf », l’Africain est tour à tour le « Sauvage » ou l’ « Enfant ». Dans tous les cas, il n’est pas notre égal. On retrouve la même idéologie, le même rapport de domination et de pouvoir dans la sélection et la présentation des oeuvres anciennes et contemporaines issues d’Afrique : qu’ils soient considérés comme des créateurs d’ « arts premiers » ou « magiciens de la terre », ces hommes ont été « découverts par l’Occident, sauvés du vacuum où ils végétaient lentement vers leur perte. » C’est ainsi que les œuvres de Bruce Clarke et un lieu tel que le Musée des Arts Derniers représentent de véritables contre-pouvoirs, d’alternatives aux grandes machines de propagande post-coloniales que sont les institutions et ministères parisiens. Ici, l’artiste n’est pas pré-déterminé, pas classifié à l’avance. La charge de son œuvre n’est pas déminée, anesthésiée. Bruce Clarke, à l’instar de Barthélémy Toguo, fait voler en éclats les préjugés qui entourent l’Afrique et ses habitants. Du même coup, ces démarches singulières vont à l’encontre de l’auto-glorification paternaliste du système politique et culturel français vis-à-vis de l’Afrique caractérisé par le « pré carré », la « Françafrique », le soutien aux dictateurs du Continent, qui ont leurs prolongements culturels : les institutions paternalistes (AFAA, Centres Culturels Français), subtilement orientées vers une apparente « promotion » des aimables artistes africains, qui, à l’instar de Chéri Samba ou d’Ousmane Sow, nous rassurent sur nos préjugés et nous renvoient une image valorisante de nous-mêmes. Le « sauvage », c’est toujours l’Autre.

Que la lutte continue

Par son travail d’artiste, Bruce Clarke est plus déterminé que jamais à faire voler le masque des hypocrisies et des apparences. Il intègre les codes de l’art pour mieux les retourner contre les appareils de pouvoir et d’injustice. Tel un cheval de Troie, il s’invite poliment dans les institutions, et y dépose l’objet explosif qu’est son œuvre. Contre l’artillerie lourde des pouvoirs politiques et économiques. C’est une chance de ne pas avoir une identité trop bien définie, une origine fermement ancrée. Utiliser la diversité permet de déplacer et disloquer la doxa et les discours dominants, les idées reçues et les vérités consensuelles. Ce faisant, Bruce Clarke arrache aussi toutes les peaux qui recouvrent sa propre histoire, qui masquent son identité. Les procédés de mise à distance, d’ironie et d’humour noir permettent d’adopter des positions qui vont à l’encontre des discours stigmatisants, conçus pour désigner l’autre. Nous résistons ainsi à la dialectique simpliste maître/esclave ou victime/oppresseur, y compris lorsque les procédés soulignent les mauvais traitements, l’exploitation, ou manifestent la discrimination ou le racisme, l’expérience douloureuse du passage des frontières. L’action l’emporte sur la réaction. C’est très important. Par l’humour, on peut entrer sur scène obliquement, décentrer les stratégies, s’autoriser le détour. Il s’agit simplement de gagner sa place, plus que de la trouver.

En compagnie des hommes

Une fois la toile déchirée, il faut la recomposer, la raccommoder. Continuer à avancer avec cette blessure. On a vu tous ces fantômes, ces âmes, c’est déjà trop tard. Ne restent alors que les couleurs, les taches, les traces, pour rester entier, persister. Dans ce processus, Bruce Clarke s’est démasqué, dévoilé. Il n’est plus un, mais cent, mille.

Comme ses « boxeurs », il lutte contre le silence, contre lui-même, contre l’indifférence.

***************

Remarques :

(1) Chaque inter-titre correspond à l’intitulé d’un tableau de Bruce Clarke.

(2) En juin 2006, le Musée des Arts Derniers a organisé une exposition intitulée Des hommes sans histoire ? (« Histoire et spoliation des biens culturels à travers les œuvres d’artistes contemporains »). Cette exposition coïncidait avec l’inauguration par le président Jacques Chirac à Paris du Musée des Arts Premiers, rebaptisé, pour l’ouverture, Musée du Quai Branly.

(3) Le Musée des Arts Derniers est situé 105 rue Mademoiselle 75015 Paris. Voir site : www.art-z.net


IN THE BEGINNING, THE LAST ARTS...

Preface from Olivier SULTAN,

director of the Musée des Arts Derniers www.art-z.net/expos_en_cours.htm

“For too long, we have only defended culture with intellectual arms, whilst it is being attacked by material arms. Since it is not only an emanation of the intellect, but also, and above all material production, culture ought to be defended by material arms.” Bertholt Brecht

On the Front Line

Bruce Clarke is an artist resolutely at the heart of politics, art and thought. His work touches us simultaneously in two ways : he stimulates reflection (the causes of the genocide in Rwanda, for example) and yet, his work remains beautiful in the Kantian sense of the word : it is universally satisfying. Out of the sliding, unsure meaning, out of the provocation, a debate is born.

Pro-vocare : to evoke presence through language, i.e. to go in a diametrically opposite direction to consensual advertising or politically formatted thought both of which only exist to nurture the pre-existing conformist ideas in public opinion or in the market place. Commercial products or political propaganda are like a funnel : seductive images or slogans are forced into the wide end, and, out of the other comes a standardized product, a pre-formatted thought.

The artistic process is antithetical to publicity : the art work is only a beginning, it soon becomes an invitation to the infinite, outside of the frame. It is what Yves Klein meant, when he said that his monochromes invaded the space around them, sucking in the spectator. Bruce Clarke is a real artist. He perfectly masters this balance, this tension between form and lack of form, idea and sensitivity. He allows us to think when we are in the heart of a ‘beautiful’ painting. His groups of oppressed people spring forth, suddenly breaking through posters, breaking down walls, shaking up words and newspaper headlines. These are anonymous people, men of the shadows, the outcasts, the exploited, migrants, clandestines, statistics of contemporary History.

Running together

Bruce Clarke’s artistic strategy is similar to ours in the Musée des Arts Derniers (The Museum of the Last Arts). That is why he has a place of honour in most of our exhibitions. We have opened up a niche of freedom, navigating ‘joyfully’ between the complex strategies of exclusion and selection of art in society. Even though there are abundant offers on the market as regards the French cultural scene (museums, cultural centres, DRAC, FRAC, [Regional Contemporary art institutions and collections] galleries), paradoxically this cultural scene is very formatted, over determined. A museum is subject to political choices, and must also make money, bring in entrance fee revenue, sell souvenirs etc. As Philippe Dagen underlines in his book, La haine de l’art, (Hating Art), the huge, consensual exhibitions (the Impressionists for example) are very successful and model our vision and our desire. At the same time the place given over to contemporary art is insignificant and derisory. ‘Heritage’ is celebrated to the detriment of rising generations. In 2003, it was an obvious decision for us to create the Musée des Arts Derniers in Paris. It was a little like child’s play, at the frontier between seriousness and disobedience. As simple as ‘Dada’. Our collaboration with Bruce Clarke came naturally : on a daily basis but in different ways, we both try to gain ground against the numerous machines of domination. We both attempt to open up a realm of freedom in the world of creation, an alternative space. But it was not just in reaction to the status quo, it was motivated by the urgent need to create links, relational networks. At the beginning of this century, the 21st, African artists were still marginalized, rarely exhibited, and if they were, they were grouped in an ‘ethnic’ block, labelled, ticketed ; in the African and Oceanic Art Museum, or at times in the Dapper Museum in Paris, sometimes at the Cartier Foundation, and now in the new Quai Branly Museum ; in all events, they were too often associated with the idea of naivety or purity. In general, most artists and art structures in France follow the logic of commands, thus conditioning the production of artworks and exhibitions. There is a sort of protocol, a consensus : the artist, as well as the art structures make aesthetic propositions which correspond to their financial means and to the dominant influence of commissioning institutions (DRAC, FRAC, etc) revealing openly, for all who wish to see, two forms of self-censorship : financial and ideological. Everything is laid out in advance, few and far between are the exceptions to this schema.

Power stakes and ideology become clearly visible when we look closely at the promotion of African artists. At times described as a ‘magician’ of the earth, at others a ‘phenomenon of vitality’ (used for Ousmane Sow), the African artist is marginalized. He is the Other in all his splendour, an object of fascination. It is almost always the European ethnologist, the European critic, the European curator, who defines the contemporary ‘exotic’ artist ; we are in the realm of power discourses, discourses of control and aspiration to domination. The way in which the ‘African’ is perceived has hardly evolved since the Universal Exhibitions in the early 20th century. Few artists today have been able to escape this steamroller of racial - therefore racist - prejudice. We can cite the likes of Barthélémy Toguo, Yinka Shonibare or William Kentridge as exceptions.

Last Arts

The choice of the name ‘last’ arts is emblematic of our struggle for the reaffirmation of an identity for African creators. ‘Last’ in the sense of ‘present-day’, but also in opposition to ‘primal’, euphemism for ‘primitive’, outside of history, outside of culture, outside civilization. Contemporary African art has not been allowed to call itself contemporary, and to abandon its ghetto of ‘exoticism’ to which it has been consigned. With the appellation, the Musée des Arts Derniers, we wanted to redraw the contours of contemporary art coming from Africa ; we wanted to create a little earthquake in the world of art with Africa at the epicentre. A declaration, says Roland Barthes, is a way of laying down a law. By questioning the politics of Parisian museums, by intruding on the traditional gallery owners’ terrain, the Musée des Arts Derniers started whisperings outside the traditional hierarchies.

Memory and its shadows

Bruce Clarke often evokes the outsider in his paintings : the faceless nameless other, the displaced person, the immigrant forced to leave a land for another. The one who is represented, consumed by mechanisms of domination and exploitation. After having exploited his resources and his artworks, his image and his destiny are exploited too. Relationships of inequality are prominent in Bruce Clarke’s work. Whether it be the exploitation of the South by the North, the South by the South, or even the North by the North. The mask plays an important role in his works. Not the ‘African’ mask, but the anonymous silhouette that veils the individual. One of the reasons the Musée des Arts Derniers was created was to fight against the anonymity imposed upon artists. The artist is not, in essence, anonymous, he is not just part of a ‘group’, a clan. Whereas art movements last only short periods, the artist as an individual remains. Bruce Clarke struggles against the assimilation of man to the status of object.

In the last few centuries, Europe has had this fascination for the outsider, the exotic, the ‘authentic’, the ‘pure’ : ideological categories that have led to the worst catastrophes History has known. From the ethnologist to the art collector or the Museum director, everyone is obsessed by ‘ethnic origins’, at the expense of the creator as an individual. There is something obscene almost pornographic in this : the temptation to define ethnically the other is so strong that he is reduced to the status of an object (an object of curiosity, object of study, object of fascination) and not seen as a subject. We can see the evocation of this symbolic violence in the works of Bruce Clarke, when, for example, an ill-defined purple silhouette invades the painted space, as in a canvas by Francis Bacon. We often find a personage of protestation, who irrupts into our visual field. Nobody has invited him in. Here is violence which resembles the desperation of a madman or a jester. The king’s jester, perhaps, who mirrors the king’s own image, with a terrifying, sarcastic burst of truth-telling laughter. For me, the Musée des Arts Derniers sometimes conjures the surprise guest, or even a brick thrown at a glass house. A guest who hasn’t really been invited in or an unexpected grenade, thrown onto the battleground of contemporary art and culture power games. It’s more comforting for the powerful when roles are predetermined. That is why this little museum irritates. As if we were breaking illegally into the artistic scene. The situation reminds me of the film Being John Malkovitch, in which the hero lives on the 7 1/2 th floor of an office block. A semi-floor where the space is limited but also infinitely extensible. The Musée des Arts Derniers is like a breach in the dyke. A venture which, by giving voice to the artist’s discourse, attempts to give free reign to the gradual construction of meaning, with as few imposed rules as possible. It is said that Lenin and Freud were disoriented by the Dadaist meetings at the Cabaret Voltaire in Zurich : too ‘irredeemable...

The Law of the image

In order to be free (and to push the limits of this freedom), one needs a base. For Bruce Clarke this base is definitely the canvas. He invites the onlooker in, apparently into a well known, ‘mapped’ out realm. Yes, we are in front of a painting, hanging on a gallery wall. It’s quite a familiar situation ; the gaze can safely roam ; it’s drawn in to the artist’s ‘art’. A tension springs forth from the picture frame, in the remarkably worked composition, a voice, a scandal. Words appear, sometimes oversized words (‘No dogs’, ‘Homage to men destroyed’, ‘Joyfully towards the ethnic war’ or ‘Oppressed’), others are almost erased, or vaguely sketched in coloured transparency. A huge press headline strikes us. The image is often ripped, as if a poster had been torn down, or a page ripped angrily out of the newspaper. Tensions arise. Dark purple forms, white faces, silhouettes, a complex relationship between the words and the images. Bruce Clarke doesn’t illustrate one with the other : both are essential elements in the artistic composition and create balance in the artwork. The word, the letter, the sentence are elements on the artist’s palette ; they have the same importance as the colours and the forms. Because of the shifting meanings between printed phrases and images, the mind isn’t satisfied by an easy message (as in an advert or a news image for example). The artist is doubtless closer to the mysterious depths and contradictions than are the philosopher or the politician. He can rip away surface to reveal what is boiling away under the earth’s skin. There’s no decoration or arrangement here. This art has infinite depth. Bruce Clarke does not hesitate to throw himself into the whirlpool. He is fearless. He goes off the beaten track, isolates himself, tears himself up.

The Mirage of Africa

In the world of African art - ‘classical’ or ‘contemporary’ - the strategies of dominant thought and power relations reveal themselves shamelessly : African art, especially as it is perceived in France, is the exact reflection on and of our relationship with Africa. Traditional artworks, presented as ‘primal’, are called ‘ethnic’, ‘tribal’, ‘without history’. Africa is often presented as the absolute other, a ‘country’ transformed into phantasm, a focus for all kinds of prejudices. ‘Black’ or ‘Naïve’, the African is either the ‘Savage’ or the ‘Child’. In any event, he is not seen as our equal. We find the same ideology, the same relationship of domination and of power in selections and presentations of traditional African artworks or contemporary arts from Africa. Whether they be creators of ‘primal art’ or ‘earth magicians’, what these artists have in common is that West thinks it has ‘discovered’ them, ‘saved them from the vacuum where they slowly vegetated, wasting away’. This is why Bruce Clarke’s work and a gallery such as the Musée des Arts Derniers are real counter-powers, alternatives to the huge post-colonial propaganda machines represented by the Parisian institutions and ministries. In this space, the artist is not predetermined or classified before existing. The pregnancy of his work is not undermined, castrated. Like Barthélémy Toguo, Bruce Clarke annihilates the commonplace prejudices surrounding Africa and its inhabitants.

Our independent approaches go against the grain of the paternalistic auto-glorification of the French political and cultural system towards Africa, represented by the ‘exclusive zone’, the ‘FrancAfrica’ - support for dictators on the continent, using culture as an ideological back-up force : the paternalistic institutions (AFAA - French Association for Artistic Action, the French Cultural centres), subtlety dedicated to an apparent ‘promotion’ of acquiescent African artists, who, like Chéri Samba, or Ousmane Sow, reassure the West in its prejudices by reflecting a valorising image of the Western onlooker. The ‘savage’, is always the other.

Keep fighting

Through his art, Bruce Clarke is more determined than ever to tear off the mask of hypocrisy and appearance. He integrates the codes of art in order to better subvert the apparatus of power and injustice. Like a Trojan horse, he politely invites himself into the institutions, and tranquilly poses the explosive device that is his artwork. Using it against the heavy firepower of the political and economic forces. He is lucky to have an ill-defined identity, a badly anchored origin. Using diversity enables one to displace and dislocate dogma and dominant discourses, preconceived ideas and consensual truths. On his journey, he sheds the skins of what could be his history, masking his identity. The process of putting distance in his paintings, of irony and dark humour allow him to adopt positions contrary to the stigmatising discourses designating the difference in the other. He avoids the simplistic duality master/slave or victim/oppressor, even when he deals with mistreatment, exploitation, discrimination or racism, or the painful experience of crossing borders. Action is stronger than reaction. Through humour he can move to centre stage from the sidelines, use oblique strategies, authorise detours. It’s a question of earning one’s place, rather than finding it.

In Men’s company

Once the canvas is torn, it has to be recomposed, stitched up. It has to go forward bearing the wound. The phantoms are revealed ; it’s already too late. All that is left are the colours, the stains, and the traces allowing us to stay whole, to persist. In the process Bruce Clarke has shed his mask, unveiled himself. He is no longer alone, but is a hundred, one thousand.

Like his ‘boxers’ he fights against the silence, against himself, against indifference.

***************

N.B.

(1) Each heading corresponds to the title of a painting by Bruce Clarke.

(2) In June 2006, the Musée des Arts Derniers organised an exhibition called ‘Men without history’ (the history of the spoliation of cultural wealth through the eyes of contemporary artists). This exhibition coincided with the inauguration by President Jacques Chirac in Paris of the Primal Arts Museum, re-baptised for the opening, the Quai Branly Museum.

(3) The Musée des Arts Derniers is located 105, rue Mademoiselle 75015 Paris. Website : www.art-z.net


-  Graphisme / Design : Ateliers des Grands Pêchers atelierdgp@wanadoo.fr




-  Ref DOM 9406

-  Format 14 / 19

-  224 pages

-  Textes français et anglais / French & English Texts

-  140 tableaux en couleur / 140 color paintings

-  ISBN : 2-915129-15-0

-  Prix : 20 €




HEIGHT=16Commander