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AUTOUR DE CE LIVRE


BIOGRAPHIE
Bruce CLARKE

Artiste engagé (né en 1959 à Londres), notamment dans la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud et dans la mobilisation contre le génocide au Rwanda, Bruce CLARKE est basé à Paris depuis 1989. En tant que photographe, il a publié des reportages sur l’Afrique du Sud, la reconstruction du Rwanda, le retour des réfugiés libériens et la Palestine. Bruce CLARKE est l’auteur du projet en cours « Le Jardin de la Mémoire », une sculpture dédiée à la mémoire des victimes rwandaises composée d’un million de pierres portant chacune une marque ou un nom désignant un disparu. Son œuvre, résolument ancrée dans un courant de figuration critique, traite de l’écriture et de la transmission de l’histoire.

http://www.bruce-clarke.com/plume/ ?/news/


As an artist (born in 1959 in London), he has engaged in the anti-apartheid struggle in South Africa and in the mobilisation against the genocide in Rwanda. He has been based in Paris for several years. He is also a photographer and has published reports on South Africa, reconstruction in Rwanda, the return of Liberian refugees, Palestine, etc... He is the author of an on-going project ‘The Garden of Memory’, a memorial sculpture dedicated to the victims of genocide in Rwanda, composed of a million stones, each bearing a mark in memory of an individual person. In France, Bruce Clarke is engaged in the social movement. His work, resolutely anchored in a current of critical figuration, deals with the writing and transmission of history.

http://www.bruce-clarke.com/plume/ ?/news/


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Collection : Savoirs Autonomes


CES CHIFFRES
De Bruce CLARKE


-  Voir Premières Pages de ce chapitre en version PDF avec tableaux (téléchargeable sous la rubrique Biographie)

-  English version below french version


« Un mort est une tragédie, un million de morts une simple statistique. »

Plus d’un milliard d’êtres humains vivent avec moins d’un dollar par jour.

Ce chiffre est fourni par le PNUD, le Programme des Nations unies pour le Développement, l’un des tenants du système : « Mesuré en termes de parité des pouvoirs d’achat en 2000, le coût de l’éradication de la pauvreté extrême, à savoir le montant nécessaire pour faire passer un milliard de personnes au-dessus du seuil de pauvreté d’un dollar par jour, s’élève à 300 milliards de dollars. En valeur absolue, ce chiffre paraît exorbitant. Néanmoins, il équivaut à moins de 2 % du revenu des 10 % les plus riches de la population mondiale. » (PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 2005).

40% de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable.

L’eau, c’est la vie : sans accès convenable à l’eau, point de santé. Sans santé, tout est compromis : l’éducation, le travail, l’aspiration à un avenir meilleur. La pauvreté est à la fois le symptôme et la cause du manque d’eau. Éternel cercle vicieux.

L’eau, c’est aussi la guerre pour l’existence, la guerre pour la vie : une guerre depuis longtemps déclarée. L’eau, c’est par exemple l’un des enjeux peu imagé de la guerre « israélo-palestinienne ». 85% des besoins en eau d’Israël se trouvent dans les territoires palestiniens. Le résultat de cette situation : un Palestinien de Cisjordanie a besoin de dix-neuf autorisations différentes - à commencer par celle des autorités militaires israéliennes - pour forer un puits sur son « propre » territoire (occupé, ça va de soi...). Les nappes phréatiques du Moyen-Orient ne suivent pas les frontières. Un mur de béton construit pour tenter de séparer deux peuples peut éventuellement suivre les contours d’une nappe phréatique...

Ce n’est qu’un exemple. Il y en a beaucoup d’autres.

« Un mort est une tragédie, un million de morts une simple statistique », nous rappelle Wole Soyinka, écrivain nigérian et prix Nobel de littérature, en citant Staline. N’oublions jamais qu’un chiffre n’est rien en lui-même : c’est en réalité de l’humain qu’il s’agit. Chaque chiffre égrené sur les malheurs au Sud exprime une tragédie humaine réelle et évoque un être qui vit et meurt, un être qui aimerait goûter aux bonheurs confisqués.

Si la mainmise sur des richesses naturelles par une minorité entraîne la confiscation du droit à la vie à une majorité, alors, on n’a plus à parler de « sous-développement » chronique mais d’injustices sciemment imposées. De pratiques criminelles. De crimes contre l’humanité institutionnalisés.

Une fois encore, les propres analyses des institutions internationales le prouvent : « L’ère de la mondialisation a été marquée par des progrès considérables dans les domaines de la technologie, du commerce et de l’investissement et par une hausse spectaculaire de la prospérité. Les avancées en termes de développement humain sont toutefois moins remarquables. Une grande partie du monde en développement est toujours laissée pour compte. Les écarts de développement entre les pays riches et les pays pauvres, déjà considérables, continuent de se creuser. Parallèlement, certains pays, parmi les plus fréquemment cités à titre d’exemples de « réussite » de la mondialisation, ont de plus en plus de difficultés à tirer parti de la prospérité croissante pour favoriser le développement humain. Les progrès réalisés dans la réduction de la mortalité infantile, l’un des indicateurs de base du développement humain, sont de plus en plus lents, et l’écart entre les pays riches et les pays pauvres dans ce domaine continue de s’accroître. [...] La mondialisation et le progrès scientifique sont loin de mettre un terme aux souffrances vaines, aux affections invalidantes et aux maladies fatales, mais évitables qui font tant de victimes parmi les pauvres de ce monde. » (PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 2005)

Ce que l’on peut traduire par : « Les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent. »

Il n’est pas besoin de citer la Déclaration universelle des droits de l’homme, ou tout autre document verbeux et poussiéreux resté sur l’étagère de l’Histoire, pour conclure que la situation actuelle ne doit pas durer. Question de bon sens.

Et pourtant... Cette situation dure et perdure. S’enlise et s’enracine. Se présente et s’impose comme la norme.

En rester sur une condamnation morale des dominations actuelles serait une erreur, qui équivaudrait à céder à la tentation, ô combien séduisante, de l’impuissance. Démontrer que le fonctionnement actuel du monde ne peut se perpétuer, c’est bien ; déceler les embryons d’autres avenirs, c’est encore mieux, beaucoup mieux.

Il s’agit de penser le monde autrement, et de ne pas abandonner le terrain de l’analyse ni le vocabulaire de la réflexion aux partisans du statu quo.

Statistiques et sémantique des dominants sont piégées, nous le savons. Elles peuvent donc être désamorcées, récupérées, pour devenir des outils de subversion. Un livre est un livre, un tableau est un tableau. Mais leur sens vient autant sinon plus du lecteur ou du spectateur que de l’auteur lui-même. Ou d’un rapporteur des Nations unies.


THESE FIGURES

“One death is a tragedy, a million deaths, a simple statistic.”

Over one billion human beings live on less than one dollar a day.

The figure is given by the UNDP, the United Nations Development Programme, one of the bulwarks of the system : “Measured in 2000 purchasing power parity terms, the cost of ending extreme poverty - the amount needed to lift 1 billion people above the $1 a day poverty line - is $300 billion. Expressed in absolute terms, this sounds like a large amount. But it is equivalent to less than 2% of the income of the richest 10% of the world’s population.” (UNDP, Human Development Report 2005)

Forty percent of the world’s population does not have access to drinking water.

Water is life : without proper access to water, good health is impossible. Without good health everything is compromised : education, work, hope of a better future. Poverty is both the symptom and the cause of acute water shortage. The eternal vicious circle.

Water also means war : a war for survival, a war for life : a war declared long ago in all but name. Although mainly overlooked, water is a major stake in the Israeli-Palestinian war. Eighty-five percent of Israel’s water requirements are located in the Palestinian territories. Consequently, Palestinians in the West Bank need nineteen different authorisations - starting with one from the Israeli military authorities - to dig a well on their ’own’ territory (occupied of course). Middle Eastern ground water sources do not follow borderlines. A wall of reinforced concrete built in an attempt to separate two populations can however follow the contours of underground water sources...

This is only one example ; many others could be cited.

Quoting Stalin, Nigerian Nobel prize winner Wole Soyinka reminds us : “One death is a tragedy, one million deaths, a simple statistic”. We must never forget that figures in themselves are meaningless : but behind them is a human reality. Every statistic reeled off in relation to the suffering of the South relates a very real human tragedy - a living, breathing human being who has been robbed of a better life. If the stranglehold on natural resources by a tiny minority entails the confiscation of the right to a dignified life for the majority, we should no longer speak of chronic ’underdevelopment’, but of deliberately imposed injustice.

Of criminal practices. Of institutionalised crime against humanity.

Once again, analyses carried out by international institutions provide the evidence : “The era of globalization has been marked by dramatic advances in technology, trade and investment - and an impressive increase in prosperity. Gains in human development have been less impressive. Large parts of the developing world are being left behind. Human development gaps between rich and poor countries, already large, are widening. Meanwhile, some of the countries most widely cited as examples of globalization “success stories” are finding it harder to convert rising prosperity into human development. Progress in reducing child mortality, one of the most basic of human development indicators, is slowing, and the child death gap between rich and poor countries is widening. [...] The reach of globalization and scientific advance falls far short of ending the unnecessary suffering, debilitating diseases and death from preventable illness that blight the lives of the world’s poor people. “ (UNDP, Human Development Report 2005)

This can be translated as : “The rich get richer, the poor get poorer”.

There is no need to cite the Universal Declaration of Human Rights or any other dust-covered wordy document on the bookshelves of History to conclude that the present situation cannot continue. It’s just pure common sense.

And yet... this situation persists. It takes root, thrives and imposes itself as the norm.

To be satisfied with mere moral condemnation of the modern forms of domination would be a mistake, the equivalent of giving in to the so easy, so seductive, temptation of declaring oneself powerless. It is all very well pointing out that the way the world is functioning cannot continue, but it is better, so much better, to seek out and identify the embryos of alternative futures.

We must consider the world differently, and not abandon the analytical terrain, nor the vocabulary of reflection to the partisans of the status quo.

We know that the statistics and semantics of the dominators are booby-trapped. But they can be defused, recouped and used as tools of subversion. A book is a book, a painting a painting. But their meaning depends as much, if not more, on the reader or onlooker than on any intrinsic meaning the author - or United Nations rapporteur - might impose.


-  Graphisme / Design : Ateliers des Grands Pêchers atelierdgp@wanadoo.fr



-  Ref DOM 9406

-  Format - size 14 / 19

-  224 pages

-  Textes français et anglais / French & English Texts

-  140 tableaux en couleur / 140 color paintings

-  ISBN : 2-915129-15-0

-  Prix : 20 €




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