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AUTOUR DE CE LIVRE


BIOGRAPHIE
Bruce CLARKE

Artiste engagé (né en 1959 à Londres), notamment dans la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud et dans la mobilisation contre le génocide au Rwanda, Bruce CLARKE est basé à Paris depuis 1989. En tant que photographe, il a publié des reportages sur l’Afrique du Sud, la reconstruction du Rwanda, le retour des réfugiés libériens et la Palestine. Bruce CLARKE est l’auteur du projet en cours « Le Jardin de la Mémoire », une sculpture dédiée à la mémoire des victimes rwandaises composée d’un million de pierres portant chacune une marque ou un nom désignant un disparu. Son œuvre, résolument ancrée dans un courant de figuration critique, traite de l’écriture et de la transmission de l’histoire.

http://www.bruce-clarke.com/plume/ ?/news/


As an artist (born in 1959 in London), he has engaged in the anti-apartheid struggle in South Africa and in the mobilisation against the genocide in Rwanda. He has been based in Paris for several years. He is also a photographer and has published reports on South Africa, reconstruction in Rwanda, the return of Liberian refugees, Palestine, etc... He is the author of an on-going project ‘The Garden of Memory’, a memorial sculpture dedicated to the victims of genocide in Rwanda, composed of a million stones, each bearing a mark in memory of an individual person. In France, Bruce Clarke is engaged in the social movement. His work, resolutely anchored in a current of critical figuration, deals with the writing and transmission of history.

http://www.bruce-clarke.com/plume/ ?/news/


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Collection : Savoirs Autonomes


CE MONDE
De Bruce CLARKE


-  Voir Premières Pages de ce chapitre en version PDF avec tableaux (téléchargeable sous la rubrique Biographie)

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« [...] Aujourd’hui, les Européens cultivés et informés savent comment les enfants meurent lorsque le fouet de la dette siffle au-dessus des pays pauvres. Ce ne sont pas les informations qui font défaut. Le public informé a toujours plus ou moins su quelles horreurs sont commises au nom du Progrès, de la Civilisation, du Socialisme, de la Démocratie et du Marché. » Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes

Autrefois Dieu ordonnait le monde selon sa vision. Avec l’avènement de la modernité, il est apparu dans le cours normal des choses qu’il délègue des pouvoirs à l’homme. Dieu joue, désormais, un rôle de plus en plus réduit - uniquement constitutionnel pourrait-on dire - pour laisser l’homme exercer sa gouvernance sur le monde matériel.

L’homme a entrepris une nouvelle organisation du monde focalisée autour d’une seule valeur devenue universelle, le travail. En avoir ou pas ; en souffrir ou non ; assouvir ses besoins matériels avec ou non. Au coeur de nos préoccupations et de nos pensées, il détermine nos modes de vie. A tel point que le travail, ainsi que l’exprime l’intellectuel uruguayen Eduardo Galeano, est devenu une obsession, un traumatisme : « Ceux qui travaillent ont peur de perdre leur travail ; ceux qui ne travaillent pas ont peur de ne trouver aucun travail. Peur de ce qui fut et de ce qui peut être. Peur de mourir, peur de vivre. »

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, grâce à la mécanisation puis aux nouvelles technologies, un avenir délivré du fardeau du travail - cet « instrument de torture » selon son origine latine - nous était promis.

En réalité, depuis l’époque moderne, la course à la productivité a écarté le « plaisir » qui n’est même plus un objectif raisonnable auquel l’homme peut aspirer. Il y est fait souvent allusion, bien sûr, mais le « plaisir » fait désormais partie du rêve.

Sans travail, point de salut dans une économie monétaire qui impose son diktat dans tous les faits et gestes de la vie quotidienne. En soi, la privation monétaire n’est pas grave. Ce qui est grave, très grave, c’est que cette dictature de l’argent empêche maintenant les hommes de penser. À tel point qu’ils ne peuvent même plus s’imaginer vivre différemment. Vivre poétiquement.

Sans argent, la possibilité de mieux vivre n’existe pas, ni même la possibilité de mettre en valeur un minimum de ses potentialités : il n’est que de voir le reflet d’une vie bridée - sauf miracle - dans les yeux d’un enfant, ici ou ailleurs, ou d’un adulte « mal né », dans un lieu ou une situation sans issue, pour comprendre cette tragédie humaine.

Comble du cynisme, les nazis ont apposé, au cœur de la barbarie, la devise « Arbeit Macht Frei » (Le travail rend libre) à l’entrée des camps de concentration. Ils n’y croyaient pas ; les dominants qui s’en font les propagateurs aujourd’hui, non plus. Mais les uns comme les autres savent qu’il faut huiler la machine à broyer les résistances, à dominer les êtres, avec des contrevérités absurdes pour semer le doute, créer des illusions.

Dans cette nouvelle configuration du monde, les seules autres valeurs dignes d’intérêt, associées au travail, sont les matières premières et les « marchandises ». Les humains, eux, sont sans intérêt. Gérés en troupeaux dans d’immenses parcs, ils sont réduits à leur plus stricte utilité économique et assimilés à des objets.

Derrière ce rêve d’assimilation, c’est la négation de l’homme même dans ce qui le fait et ce qu’il fait, c’est-à-dire la culture, qui est visée. Au bout de cette aliénation grandissante, il y a la déshumanisation totale. La modernité peut créer un certain bonheur pour quelques-uns. Mais soyons clairs : l’objectif de cette nouvelle configuration du monde n’est pas l’épanouissement, encore moins le bonheur généralisé.

L’aboutissement de la trajectoire humaine, la « fin de l’histoire » tant proclamée et réclamée par certains idéologues libéraux, serait-t-il la déshumanisation ?

« Arbeit Macht Frei », le travail rend libre. La « culture », à défaut de rendre libre, aide à comprendre, à décrypter, à contester et, au final, à vivre. Au sein du IIIe Reich, Joseph Goebbels, l’un des tenants du dogme de la liberté par le travail, proclamait qu’il sortait son revolver lorsqu’il entendait le mot culture. Goebbels avait raison : le pire ennemi de l’oppression - quelle qu’elle soit, d’où qu’elle vienne - est la culture, sous toutes ses formes.

Alors cultivons-nous. Et sortons nos armes.


THIS WORLD

"[...] Today, cultivated and informed people know how children die when the whip of the debt cracks over the poor countries. It isn’t information that they lack. The informed public has always known, more or less, what horrors are committed in their name, in the name of progress, of civilisation, of Socialism, of Democracy, of the market." Sven Lindqvist, Exterminate all the brutes

In days of old, God organised the world according to His vision. Since the advent of modernity, it was in the natural course of things that He delegated his power to man. These days, God no longer plays more than what could be called a constitutional role, leaving the governance of the material world to man.

Little by little, man began to organise the world differently, focusing on a single value that was to become universal - work. The question : to have it or not ; to suffer from it or not ; to meet one’s material needs with it or not. Always central to our concerns and ideas, work determines the way we live and die - to the extent that it has become, in the words of the Uruguayan intellectual, Eduardo Galleano, an obsession, an ordeal : “Those who have work are frightened of losing it ; those who don’t have work are frightened of not finding it. Frightened of what was, and what could be. Frightened of dying, frightened of living.”

Not so long ago, however, thanks to mechanisation and later to the new technologies, we were promised a future liberated from the burden of work : the word, derived from medieval Latin, means an ’instrument of torture’.

Since the beginning of the modern age, the race for productivity has sidelined ’pleasure’ - never considered a reasonable objective to which man should aspire. Allusion is made to it, of course, but pleasure is now little more than a dream.

Being without work in a monopolistic monetary economy that imposes its diktat on every aspect of daily life there is no salvation. In absolute terms, to be deprived of money is not a serious problem. The real problem is that the dictatorship of money now prevents men from thinking, and to such an extent that it becomes impossible to imagine a better, more poetic life.

Without money it is virtually impossible to improve one’s life or exploit even a minimum of one’s potentialities. To understand this human tragedy, one only needs to see the look of despair, of stunted life, in the eyes of people, young or old, who are born in the ’wrong place’, in a disadvantaged, no way out, situation.

In the heart of barbarity, the crowning cynicism of the Nazis was, “Arbeit Macht Frei”, (Work makes one free) posted at the entrance to the concentration camps. The Nazis didn’t believe it, nor do today’s stalwart dominators propagating the same message. But those of yesterday and those of today both know that the cogs of the resistance-crushing machines, the machines of domination, must be oiled with absurd untruths, sowing doubt, creating illusions.

In the new world order, the only other values associated with work, deemed of interest by the masters of the world, are “natural resources” and “commodities”. Humans are of no significance. Managed in herds, in vast estates, they are reduced to their barest economic utility and assimilated to material “goods”.

Behind this dream of assimilation is an attempt to negate what makes man man - his culture. This increasing alienation can only lead to total dehumanisation. Modernity can perhaps provide some sort of contentment for a lucky few. But let it be clearly stated : the new world order is not interested in prosperity for all, and even less in widespread contentedness. Could the finality of human destiny, the “end of history” proclaimed and reclaimed by liberal ideologist, be quite simply, dehumanisation ?

Arbeit Macht Frei - work makes one free. ’Culture’, although not always a liberating force, can help us to comprehend, to decipher, to protest and, ultimately, to live. An exponent of the dogma of freedom through work, Joseph Goebbels, propaganda minister in the Third Reich, claimed that whenever he heard the word ’culture’, he would take out his revolver. Goebbels was right : the worst enemy of oppression - from wherever or whoever it comes - is culture, in all its multiple forms.

We must cultivate ourselves. Take up arms.


-  Graphisme / Design : Ateliers des Grands Pêchers atelierdgp@wanadoo.fr



-  Ref DOM 9406

-  Format-size 14 / 19

-  224 pages

-  Textes français et anglais / French & English Texts

-  140 tableaux en couleur / 140 color paintings

-  ISBN : 2-915129-15-0

-  Prix : 20 €




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