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AUTOUR DE CE LIVRE


BIOGRAPHIE
Jean-Marie BROHM

Professeur de sociologie à l’Université Paul Valéry, Montpellier III. Principal fondateur de la critique radicale du sport en France, Jean-Marie BROHM est notamment l’auteur de La Machinerie sportive. Essais d’analyse institutionnelle et de La Tyrannie sportive. Théorie critique d’un opium du peuple.

Du même auteur (extraits) : Corps et Politique, Paris, Éditions universitaires, 1975. 11Le Mythe olympique, Paris, Christian Bourgois, 1981. Jeux Olympiques à Berlin, 1936, Bruxelles, Complexe, 1983. Sociologie politique du sport, 1976, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1992. Les Meutes sportives. Critique de la domination, Paris, L’Harmattan, 1993. Les Shootés du stade, Paris, Éditions Paris-Méditerranée, 1998. La Machinerie sportive. Essais d’analyse institutionnelle, Paris, Anthropos, 2002. Les Principes de la dialectique, Paris, Les Éditions de la passion, 2003. Le Sexe des sociologues. La perspective sexuelle en sciences humaines (avec Magali Uhl), Bruxelles, La Lettre volée, 2003. La Tyrannie sportive. Théorie critique d’un opium du peuple, Paris, Beauchesne, 2006. Le Football, une peste émotionnelle. La barbarie des stades (avec Marc Perelman), Paris, Gallimard, 2006.

Jean-Marie Brohm a dirigé la revue Quel Corps ? de 1975 à 1997. Depuis 1994, il dirige la revue Prétentaine. Il est également membre du comité scientifique international de la revue Quel Sport ?



Collection : Horizon Critique


Olympisme et national-socialisme : un exemple de collaboration politique
De Jean-Marie BROHM

extrait

Les Jeux olympiques de Berlin 1936, le sport sous le IIIe Reich et la collaboration entre le CIO et les dignitaires nazis constituent à ce jour le paradigme insurpassé des fonctions politiques du sport de compétition. Ultérieurement, d’autres événements sportifs majeurs sont venus confirmer cette collusion spontanée entre le mouvement sportif international et les États totalitaires ou militaro-policiers : le Mundial de football en Argentine en 1978 sous la dictature gorille de l’armée de Videla (déjà en 1934 la Coupe du monde avait permis le triomphe de Mussolini à Rome) ; le sport en Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid ; les Jeux olympiques à Moscou en 1980, alors que les troupes soviétiques venaient d’envahir l’Afghanistan ; les Jeux olympiques à Séoul en 1988 dans un État policier pratiquant la répression anti-ouvrière et anti-étudiante (1). Et cette liste n’est évidemment pas exhaustive !

Trois raisons - à la fois épistémologiques et politiques - conduisent à choisir les Jeux de la croix gammée comme objet d’étude des relations entre le sport et la politique :

a) Les Jeux de Berlin en 1936 constituent l’idéal-type de l’organisation d’un événement sportif par un État qui a fait du sport de masse une politique d’encadrement de la jeunesse et un moyen totalitaire de mise au pas de la population. À ce titre ils représentent un exceptionnel laboratoire d’investigation sociologique et politique parce que, dans leur « perfection » même, ils fournissent le modèle sans cesse imité du « spectacle total » de propagande qui caractérise les rencontres sportives internationales contemporaines.

b) Les Jeux de Berlin, en tant qu’apothéose « culturelle » du nazisme et façade sportive de la barbarie hitlérienne, obligent à une clarification politique et à l’élucidation des implications théoriques et idéologiques du chercheur (2). Ici, moins qu’ailleurs encore, la « bienveillante neutralité », qui est l’idéologie professionnelle des sociologues et historiens prétendument « apolitiques », ne peut être de mise, pas plus que l’illusion du détachement « libre et sans attache ». En clair, les Jeux de Berlin forcent à prendre parti, ce qui au demeurant est toujours le propre du champ politique.

c) Les Jeux de Berlin, qui ont constitué un événement majeur de la propagande diplomatique du IIIe Reich, sont aujourd’hui soumis à une réévaluation révisionniste qui tend à les innocenter ou à les dissocier de l’entreprise militariste, antisémite et raciste nazie. Compte tenu de la conjoncture politique actuelle qui, en Allemagne comme en France, tend à banaliser les « détails » de l’histoire ou à occulter l’ampleur et la monstruosité du génocide, il n’est pas inutile de rappeler aux admirateurs de l’olympisme ce que fut le rôle de ce mouvement international dans la politique criminelle de l’hitlérisme.

Les fonctions idéologiques des jeux olympiques pour le III° Reich

Les Jeux de 1936 ne furent ni une « oasis de paix », comme le prétendent aujourd’hui les thuriféraires de Carl Diem et autres responsables sportifs de l’époque, ni une « parenthèse malheureuse dans l’histoire de l’olympisme », comme le soutiennent la plupart des idéologues sportifs français (3), ni une « fausse note dans la symphonie olympique » selon l’expression de Marie-Thérèse Eyquem (4), mais une démonstration de masse consciente et organisée de l’appareil de propagande de l’État nazi. Ces Jeux olympiques ne peuvent donc pas être interprétés comme une simple « instrumentalisation » ou « utilisation » par la régie brune, en laissant supposer que le sport de masse encadré par l’État serait un outil neutre qui pourrait être utilisé aussi bien à droite qu’à gauche, pour l’oppression ou l’émancipation de l’humanité, par des États totalitaires ou par des régimes progressistes/démocratiques. L’olympisme comme le sport de haut niveau en général ne sont nullement des instances « flottantes et neutres », mais dépendent toujours des stratégies diplomatiques, économiques, militaires et culturelles des États ou des gouvernements qui les financent, les organisent, les développent dans une conjoncture de « paix armée », de « coexistence pacifique » ou de « guerre olympique » (5).

En 1936 le « pur et noble olympisme » ne fut que le paravent idéologique « respectable » du nazisme et de ses visées guerrières. Les Jeux de Berlin représentèrent le premier acte international de « la poussée vers l’Est » et de l’expansionnisme hitlérien, la première manifestation de la mobilisation totale et totalitaire des masses allemandes fanatisées et endoctrinées, le premier pas vers l’extermination programmée des Juifs et des « peuples dégénérés ». Les Jeux de Berlin 1936 ne furent donc pas « la victime innocente » du fascisme, mais une opération politique consciente de l’appareil d’État nazi et des nervis de la police encadrant les jeunesses hitlériennes et les organisations sportives allemandes. De la même manière, les Jeux de Moscou en 1980 furent une manifestation de propagande en faveur de l’État soviétique à la gloire du « socialisme réellement existant » encadrée par le KGB, l’armée et les mouvements de jeunesse « patriotiques ». Aussi est-il bon de se souvenir de l’avertissement de Berthold Brecht : « Le ventre est encore fécond... ».

Le prosélytisme olympique nazi intensif destiné à rehausser le prestige de « l’Allemagne nouvelle », le succès de l’équipe olympique allemande, le « déroulement magnifique » de cette « fête de la jeunesse » selon l’expression d’un journaliste français ainsi que la mise en scène militariste, aryenne et chauvine de l’organisation firent des Jeux de Berlin la « façade en chocolat » du terrorisme d’État des chemises brunes. Les Jeux de Berlin constituèrent de fait une grandiose manœuvre de diversion à destination de l’opinion publique internationale. Conçus comme un opium du peuple destiné à souder la société allemande derrière son Führer, à anesthésier les consciences démocratiques étrangères et à camoufler les objectifs réels - tant nationaux qu’internationaux - du national-socialisme, les Jeux de Berlin furent mis en œuvre comme une acclamation unanime du IIIe Reich. L’objectif était d’abord de dissimuler ou de banaliser aux yeux des nations étrangères et de l’opinion publique allemande progressiste les arrestations en masse des Juifs et des communistes, des chrétiens et des socialistes, des homosexuels et des tsiganes, prélude aux futures mesures de liquidation ou de « solution finale ». L’État policier, qui était capable d’organiser une si belle « fête », escomptait obtenir ainsi la respectabilité internationale. C’est d’ailleurs ce qui se produisit : ce rassemblement des « gladiateurs de Hitler », selon l’expression de l’écrivain Heinrich Mann (6), fut du point de vue diplomatique la première reconnaissance du national-socialisme par les grandes démocraties bourgeoises. Fascinés et aveuglés par le déploiement de tant de fastes et l’étalage de la puissance économique, militaire et sportive du Reich, les touristes, les spectateurs et les participants devinrent souvent - parfois à leur insu - les propagandistes enthousiastes du « renouveau de l’Allemagne ».

Les Jeux de la Wehrmacht, des jeunesses hitlériennes et des organisations patriotiques (« Kraft durch Freude ») furent également l’expression exemplaire du capitalisme monopoliste d’État allemand. Imitant les campagnes de publicité des Jeux de Los Angeles en 1932, l’État hitlérien organisa rapidement la mobilisation totale de toutes les forces économiques du Reich en vue d’assurer le triomphe de « l’image de marque » du « Deutschland über alles ». L’œuvre d’art totale des idéologues nazis fut effectivement une œuvre du capital total de l’industrie lourde et des grandes institutions financières du Reich. En ce sens, les Jeux olympiques de Berlin contribuèrent à l’accumulation élargie du capital et à la reproduction de la structure de classe de la dictature allemande. C’est pour cela que la thèse de Ulrike Prokop et des autres théoriciens critiques du sport (7) selon laquelle l’olympisme est une institution de consolidation positiviste du capitalisme a été parfaitement démontrée avec l’exemple de l’olympiade nazie. Du point de vue technologique, idéologique et organisationnel les Jeux de Berlin furent en effet le symbole même de l’entreprise capitaliste et de la domination des trusts économiques et bancaires. Ces Jeux allaient d’ailleurs inaugurer une longue période, aujourd’hui florissante, d’opérations commerciales multinationales marquées par l’emblème des anneaux olympiques...

Le Comité International Olympique (CIO) ne fut nullement innocent ou irresponsable dans l’organisation de cet événement voulu et supervisé par les plus hauts dignitaires nazis. Le CIO fut même l’un des principaux artisans de cette opération de propagande hitlérienne et donc objectivement sinon subjectivement complice de cette « monstrueuse apothéose » selon l’expression de Vladimir Jankélévitch (8). Le CIO, en tant que maître d’œuvre et dépositaire de l’idéologie olympique, fut complice du début à la fin du scénario imaginé par les nazis pour aligner les cérémonies olympiques sur la mobilisation protocolaire du nationalisme allemand. Il participa ainsi, avec plus ou moins bonne conscience, à une entreprise concertée de désinformation de l’opinion publique internationale et à une glorification théâtralisée de l’édifice hitlérien qui avait trouvé son apothéose dans les parades de Nuremberg (9).

Au nom de « l’apolitisme » olympique, le CIO n’émit pas la moindre protestation contre la remilitarisation de la Rhénanie par les troupes de la Wehrmacht, et cela un mois après les jeux d’hiver de Garmisch Partenkirchen et cinq mois avant les Jeux d’été de Berlin ! Au nom de la « trêve olympique » et de la « paix sportive », le CIO admit donc ouvertement qu’un État organisateur des Jeux puisse mener des opérations militaires menaçant la paix du monde ! Le CIO accepta aussi de prendre au sérieux les multiples « promesses » du Comité d’organisation allemand concernant le respect de la Charte olympique, notamment en matière de non-discrimination des « non-aryens ». Jamais le CIO, par cynisme ou naïveté, ne mit en doute la sincérité et l’honnêteté des autorités nazies ; il accepta sans broncher les multiples initiatives du Comité d’organisation qui visaient toutes à magnifier les Dieux du stade nazis et collabora intimement à la mise sur pied de cette fête pangermanique où les anneaux olympiques étaient « fraternellement » mêlés au svastika (10). Jamais le CIO ne protesta contre la persécution des Juifs, les rafles, les humiliations, les mesures discriminatoires visant à protéger la « pureté du sang allemand » (lois de Nuremberg du 15 septembre 1935), le climat de haine raciste entretenu par toutes les instances officielles du régime. Jamais non plus il ne se préoccupa des mesures d’exclusion frappant les Juifs allemands dans le domaine sportif. La parole mensongère des autorités allemandes valait preuve pour le CIO...

Bien entendu, le CIO ne s’éleva jamais contre la barbarie nazie, ni avant ni après la prise de pouvoir par les bandes hitlériennes. Se proclamant hérauts de la paix, ambassadeurs de la réconciliation entre les peuples et prophètes de l’amitié, les bureaucrates du CIO ne se soucièrent jamais de la situation dramatique des Juifs allemands et des autres catégories persécutées : communistes, socialistes, syndicalistes, Tsiganes, homosexuels. La suspension de toutes les libertés démocratiques, la répression policière et l’instauration d’un État boucher ne troublèrent en aucun cas leur conscience d’« humanistes sportifs ». Au contraire, tout le mouvement olympique lutta avec la dernière énergie contre la campagne internationale de boycott destinée à isoler l’Allemagne nazie. Loin de faire pression sur le gouvernement allemand pour l’amener à un minimum de respect des principes du droit, le CIO se comporta de jure et de facto en commis voyageur du Reich. Le général Sherrill et Avery Brundage, les responsables olympiques américains, affirmèrent par exemple que la situation des Juifs allemands était excellente, que l’Allemagne était un grand pays sportif et que la « campagne de haine » et de boycott des Jeux de Berlin (dont le slogan était « Nous appelons la jeunesse du monde entier ») était une propagande communiste financée par l’argent juif (11)...

Le CIO ne s’opposa jamais à la militarisation et à la fascisation de la ritualité olympique imaginée par Carl Diem. Les Jeux de Berlin furent ainsi des jeux à la gloire de la croix gammée, des jeux martelés par les « Deutschland über alles » et les « Sieg Heil » de 100 000 bras tendus exaltés par les rugissements de la foule. L’orgie nationaliste et la vibration national-socialiste des Jeux de Berlin qui constituèrent une sorte de cérémonie païenne ou de sinistre kermesse mystique ne furent jamais mises en cause par le CIO ; celui-ci exprima au contraire ses remerciements à Hitler pour « la magnifique organisation et le parfait déroulement » du spectacle (12). Est-il enfin besoin de le rappeler, jamais le CIO ne déplora ou ne condamna rétrospectivement les Jeux de Berlin qui furent pourtant le prélude festif à toutes les barbaries déchaînées par le national-socialisme. Aujourd’hui encore - alors qu’il est impossible d’ignorer les crimes contre l’humanité commis par ceux-là mêmes qui étaient à l’époque les « présidents d’honneur » des Jeux de Berlin - le CIO considère que l’olympiade nazie fait partie des « grandes réussites » de l’histoire des jeux.

A suivre

Notes

1. Sur le Mundial de 1978, voir les numéros 8, 9, 10 et 11 de Quel Corps ? ; sur les Jeux de Moscou en 1980, voir les numéros 14, 15, 16, 17 et 18 de Quel Corps ? ; sur les Jeux de Séoul en 1988, voir le n° 36 de Quel Corps ? (« La barbarie olympique »), septembre 1988.

2. Voir Georges Devereux, De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion, 1980.

3. Voir les déclarations accablantes d’un idéologue sportif, admirateur de l’olympisme du IIIe Reich, Gaston Meyer, Le Phénomène olympique, Paris, La Table Ronde, 1960, p. 170 : « Berlin a, c’est vrai, organisé les Jeux olympiques avec un faste surprenant, à la Wagner [...]. Coubertin, de toute évidence, a “voulu cela”. Et ceux qui prétendent qu’il a élevé une véhémente protestation contre l’abus de la propagande hitlérienne se trompent assurément. L’essentiel était pour lui que l’Allemagne respectât la Charte olympique. Or, celle-ci ne fut jamais plus strictement appliquée. En dépit des théories largement affirmées par le IIIe Reich, il n’y eut pas la moindre discrimination religieuse et sociale » [sic]. Gaston Meyer, Petite encyclopédie des Jeux olympiques, Paris, Éditions Encre, 1979, p. 52 : « Certes, il s’agissait d’une vaste opération de propagande, mais il faut sportivement [ !] reconnaître que la Charte olympique fut à Berlin strictement observée ». Dans un ouvrage édité par Lord Killanin, président du CIO, et John Rodda, du Guardian, paré autrement dit du label officiel de l’institution (où l’on retrouve également Monique Berlioux), The Olympic Games, Londres, MacDonald and Jane’s, 1979, on explique benoîtement, au milieu d’une chronologie des résultats sportifs, que « les Jeux olympiques sont, après tout, le plus grand événement sportif sur terre et même Hitler n’a pas pu complètement supprimer le charisme des Jeux et les magnifiques performances qui y furent accomplies » (p. 107). Dans une publication officielle de l’actuel CIO on peut lire ceci : « [Coubertin] se réjouissait des jeux de la XIe olympiade en 1936. Au milieu des compétitions qui avaient lieu à Berlin (à bien des points de vue le festival olympique le plus extraordinaire des quarante dernières années), Coubertin... » (John Lucas, « Les idées forces de Coubertin sur les Jeux olympiques de 1896 à 1936 », Message olympique, n° 15, septembre 1986, p. 66).

4. Marie-Thérèse Eyquem, Pierre de Coubertin, l’épopée olympique, Paris, Calmann-Lévy, 1966, p. 281 : « Coubertin ne reniera jamais la symphonie olympique, malgré les fausses notes de Berlin. Aucune œuvre humaine n’est parfaite, ni même les œuvres qui se croient divines. L’Église a eu ses hérésies, ses schismes, son inquisition. À ceux qui prétendent le voir tirer, d’une olympiade qui n’est qu’un accident [sic], des conclusions condamnant l’olympisme, il oppose un formel démenti. La prochaine olympiade effacera ce que celle-ci aura eu de condamnable. Mais il est normal que toutes soient ardentes [sic] ».

5. On peut dire la même chose des Jeux olympiques de Moscou en 1980. Voir COBOM, Moscou 80, Boycott des Jeux olympiques, solidarité avec les travailleurs et peuples d’URSS, Paris, 1980. De manière générale, les États totalitaires et les dictatures militaro-policières ont toujours fait du sport un instrument d’asservissement. Voir par exemple Stefano Pivato, Les enjeux du sport, Paris, Casterman, 1994, même si l’auteur ignore (délibérément ?) la Théorie critique française ; voir aussi Daphné Bolz, Les Arènes totalitaires. Hitler, Mussolini et les jeux du stade, Paris, CNRS Éditions, 2008, qui ignore également la Théorie critique du sport, à l’exception de mon ouvrage sur les Jeux olympiques de Berlin 1936. Il semble bien que les historiens actuels du sport aient un certain goût pour la censure ou le prêt-à-penser. Passer sous silence la Théorie critique du sport qui depuis au moins 1968 a systématiquement analysé - dans de nombreuses publications - les liens structurels entre les régimes fascistes (ou staliniens) et le sport-spectacle de compétition est un indice, parmi d’autres, de cette tendance à écrire des histoires officielles édulcorées, comme naguère les historiens staliniens rédigeaient d’un même élan l’histoire édifiante du Parti communiste de l’Union soviétique...

6. Voir Quel Corps ? (« Berlin 1936 : Boycott de l’olympiade nazie ! Documents et appels inédits »), n° 15, janvier 1980.

7. Jean Meynaud, Sport et politique, Paris, Payot, 1966 ; Bero Rigauer, Sport und Arbeit, Francfort, Suhrkamp Verlag, 1969 ; Gerhard Vinnai, Fussballsport als Ideologie, Francfort, Europäische Verlagsanstalt, 1970 ; Ulrike Prokop, Soziologie der Olympischen Spiele. Sport und Kapitalismus, Munich, Hanser Verlag, 1971 ; Sven Güldenpfennig et alii, Sport im Spätkapitalismus, Francfort, Limpert Verlag, 1972 ; Gerhard Vinnai et alii, Sport in der Klassengesellschaft, Francfort, Taschenbuch Verlag, 1972 ; Jean-Marie Brohm, Critiques du sport, Paris, Christian Bourgois, 1976 ; Michel Caillat, L’Idéologie du sport en France, Paris, Les Éditions de la Passion, 1989 ; Jean-Marie Brohm, Sociologie politique du sport (1976) Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1992 ; Jean-Marie Brohm, Les Shootés du stade, Paris, Paris-Méditerranée, 1998, en particulier le chapitre IV « La machinerie olympique » et le chapitre V « Le matraquage olympique » ; Jean-Marie Brohm, La Tyrannie sportive. Théorie critique d’un opium du peuple, Paris, Beauchesne, 2006.

8. Vladimir Jankélévitch, « Une monstrueuse apothéose », in Quel Corps ? (ouvrage collectif), Paris, Les Éditions de la Passion, 1986, pp. 42-43.

9. Sur la théâtralisation des stades et la mise en scène sportive des masses, voir Franz-Joachim Verspohl, Stadionbauten von der Antike bis zur Gegenwart. Regie und Selbsterfahrung der Massen, Giessen, Anabas-Verlag, 1976 ; Elias Canetti, La Conscience des mots, Paris, Albin Michel, 1984 ; Elias Canetti, Masse et puissance, Paris, Gallimard, 1966.

10. Voir Hajo Bernett, « Symbolik und Zeremoniell der XI. Olympische Spiele in Berlin 1936 », Sportwissenschaft, Schorndorf, Verlag Karl Hofinann, 1964, 4.

11. Voir la « Lettre d’Avery Brundage, Président du Comité olympique américain, aux amateurs de sport des États-Unis » (26 octobre 1935), citée in Michel Caillat et Jean-Marie Brohm, Les Dessous de l’olympisme, Paris, La Découverte, 1984, p. 31.

12. Voir sous la direction de Günter Gebauer, Olympia Berlin. Gewalt und Mythos in den olympischen Spielen von Berlin 1936 (colloque scientifique international de Berlin, octobre 1986), Berlin, Freie Universität Berlin, 1989.


Ref CIO 9808 - Format 11 / 19

144 Pages

ISBN : 2-915129-36-3 - Prix : 12 €




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