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Collection : Expression directe


Extrait 4 : De la nomadité librement consentie

Entre s’attacher et s’arracher, l’actuel nomade du loisir - libre de son choix de rester ou de partir à n’importe quel instant - ne sait plus où donner de la tête ni des pieds. Nomades et sédentaires, en général comme en chacun de nous, sont inséparables. Nomades contre notre gré, nous sommes devenus les nomades de la mondialisation, contraints ici ou là de nous fixer pour survivre. Une nomadité plus imposée que librement consentie, plus subie que vécue. Une nomadisation infructueuse sur le plan humain et dont le manque de repères et de vues à longue échéance engendrent un désarroi certain sinon du désespoir ! Plus que le lieu, c’est le sens qui manque de s’enraciner dans nos vies, nous laissant orphelins de passions, de destins et de projets. Les valeurs du marché ont remplacé les valeurs d’humanité et, dans ce contexte, les nouvelles mobilités deviennent moins prometteuses, elles dirigent nos pas bien plus que nous le désirons. Le nomadisme de la mondialisation engloutit aussi bien les job-trotters que les réfugiés, les vacanciers-consommateurs que les gens du voyage...

A son époque, Nietzsche remarquait déjà que sont esclaves tous ceux qui ne disposent pas de deux tiers de temps libre. Rares sont par conséquent ceux qui ne le sont pas aujourd’hui ! Mais le temps libre moderne est aussi, souvent, un temps du déracinement soumis à la consommation, un temps entre parenthèses, un temps de perte plutôt que d’enrichissement... Même pendant leur temps libre, organisé selon le mode du travail, les hommes ne peuvent se passer du labeur, reproduisant ainsi le même mode d’être et de penser que lorsqu’ils sont à l’usine ou au bureau... La vie de ce fait ne vaut plus que par le travail. Autrement dit, sans travail pourquoi continuer à vivre ? Et quelles sont les raisons de (sur)vivre des sans emplois, si nombreux pourtant ? La mondialisation œuvre en ce sens contre le nomadisme comme mode de vie. Dans notre société figée, elle force à se fixer. La mondialisation s’inquiète des flux tout en les suscitant, elle conteste ce qui fait la quintessence du voyage : la défixation. Se défixer, c’est toujours briser d’anciennes ou de nouvelles chaînes.

Le défi désormais est de parvenir, sans se renier, d’une nomadisation à une nomadité : passer par la nomadisation de nos habitudes, de nos pensées et de nos actes, pour arriver ensuite à une nomadité - vécue comme un état de nomadisme positif - à la fois épanouissante et heureuse. Avec des auteurs bourlingueurs comme Bouvier ou Chatwin, l’errance échappe à la seule emprise de la misère, elle devient même positive et jouissive. S’approprier le droit à l’errance, c’est activer le mouvement et s’indigner devant les injustices trop flagrantes. C’est agir plutôt que réagir. Bouger plutôt que gesticuler. Avancer et non pas camper ou décamper. C’est vivre plutôt que survivre. C’est aussi faire le choix de la vie au risque de la survie. Ce droit est une liberté, complétée d’une pratique et d’une philosophie, c’est ce qu’on pourrait nommer l’errance active. Entre nomadisme et autonomie, cette errance active implique une exigence et une action de la part de celle ou celui qui s’y adonne. Courageusement. Elle suppose que l’errant-nomade est acteur à la fois de son voyage et de sa vie. La vie devient voyage et inversement.



-  Ref VOY 9073 - Format 10.8 /15.5
-  120 pages
-  ISBN : 2-915129-03-7 - Prix : 7 €



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