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AUTOUR DE CE LIVRE


BIOGRAPHIE


Eduardo GALEANO

Né à Montevideo en 1940, Eduardo Galeano a exercé très jeune de nombreux métiers avant de publier des bandes dessinées, notamment pour l’hebdomadaire du Parti socialiste uruguayen El Sol. Au début des années 1960, il débuta une carrière de journaliste et devint rédacteur-en-chef de Marcha, un hebdomadaire influent au sein duquel collaborèrent Mario Vargas Llosa, Mario Benedetti, Manuel Maldonado Denis et Roberto Fernández Retamar. Pendant deux années, il fut également éditeur du quotidien Epoca et travailla comme directeur éditorial de University Press de 1965 à 1973. Cette année-là, à la suite du coup d’Etat uruguayen, il fut emprisonné quelques temps avec des dizaines de milliers d’autres opposants puis partit se réfugier en Argentine où il fonda et édita le magazine culturel Crisis à Buenos Aires. En 1975, lorsque la dictature militaire s’empara du pouvoir, Eduardo Galeano fut immédiatement « blacklisté » par les escadrons de la mort et, forcé de s’exiler une nouvelle fois, il émigra en Espagne à Barcelone. En 1985, après que l’administration civile fut restaurée en Uruguay, il revint s’établir à Montevideo où il vit actuellement.

En 1970, Las venas abiertas de América Latina - Les Veines ouvertes de l’Amérique latine -, pour lequel il obtint le prix Casa de las Américas, fut son premier ouvrage à être traduit en langue anglaise. Cette œuvre de référence, pour tous ceux qui veulent comprendre l’histoire et la réalité de l’Amérique latine, débute par une question en forme d’énigme : pourquoi cette terre si richement dotée par la nature a-t-elle été si peu favorisée sur le plan social et politique ? Débute alors l’histoire de ce que Galeano appelle « le pillage » du continent latino-américain, d’abord par les Espagnols et les Portugais, puis par l’Occident en général et les élites locales.

Figure littéraire en Amérique latine, Eduardo Galeano présente la singularité de mélanger les différents genres littéraires. Ses livres, au carrefour de la narration et de l’essai, de la poésie et de la chronique, rapportent les voix de l’âme et de la rue et offrent une synthèse de la réalité actuelle et de la mémoire. Mais sa voix dépasse largement les frontières du continent sud-américain. Outre ses engagements auprès du mouvement des Sans-Terre au Brésil et du mouvement zappatiste au Chiapas, Eduardo Galeano est un militant très impliqué dans le mouvement contre-mondialisation et une figure de proue des opposants au modèle unique et à l’uniformisation (voir le film Davos, Porto Alegre et autres batailles réalisé par Vincent Glenn et co-écrit avec Christopher Yggdre, Les Films du Safran, 2002).


info@homnispheres.com

Collection : Imaginaires Politiques


Extrait 4 : L’impunité des exterminateurs de la planète
De Eduardo GALEANO

Crimes contre les gens, crimes contre la nature : l’impunité des seigneurs de la guerre est sœur jumelle de l’impunité des seigneurs de l’industrie qui, sur terre, mangent la nature et au ciel, engloutissent la couche d’ozone.

Les entreprises qui ont le plus de succès au monde sont celles qui assassinent le plus le monde ; les pays qui décident du destin de la planète sont ceux qui font le plus pour l’anéantir.

Une planète jetable

Inondations, immondicités : des torrents d’immondices inondent le monde et l’air que nous respirons. Les flots de paroles, les rapports d’experts, les discours, les déclarations de gouvernements, les accords internationaux solennels, que personne ne respecte, et d’autres expressions de la préoccupation officielle pour l’écologie inondent également le monde. Le langage du pouvoir offre l’impunité à la société de consommation, à ceux qui l’imposent comme modèle universel au nom du développement, et également aux grandes entreprises qui, au nom de la liberté, rendent la planète malade, et lui vendent ensuite des remèdes et des conseils. Les experts en environnement, qui se reproduisent comme des lapins, se chargent d’envelopper l’écologie dans le papier cellophane de l’ambiguïté. La santé du monde n’est pas à prendre avec des pincettes, et le langage officiel généralise pour absoudre : Nous sommes tous responsables, mentent les technocrates et répètent les politiques, qui veulent dire que si nous sommes tous responsables, personne ne l’est. En invitant toujours les mêmes à se serrer la ceinture, le discours officiel exhorte au sacrifice de tous.

L’humanité toute entière paye les conséquences de la ruine de la terre, de la contamination de l’air, de la pollution de l’eau, de la folie du climat et de la dilapidation des biens périssables fournis par la nature. Mais les statistiques avouent et les petits nombres trahissent : les données, maquillées par les discours, révèlent que vingt-cinq pour cent de l’humanité commet soixante-quinze pour cent des crimes contre la nature. Si l’on compare les moyennes du Nord et du Sud, chaque habitant du Nord consomme dix fois plus d’énergie, dix-neuf fois plus d’aluminium, quatorze fois plus de papier et treize fois plus de fer et d’acier. Chaque Nord-Américain projette dans l’atmosphère, en moyenne vingt-deux fois plus de carbone qu’un Indien et treize fois plus qu’un Brésilien. On nomme suicide global l’assassinat commis par les membres les plus prospères de l’humanité qui vivent dans les pays riches, ou par les membres des pays pauvres qui imitent le style de vie de ces derniers : pays et classes sociales qui définissent leur identité à travers l’ostentation et le gaspillage. La diffusion massive de ces modèles de consommation, si une telle chose était possible, a un petit inconvénient : on aurait besoin de dix planètes comme celle-ci pour que les pays pauvres puissent consommer autant que les pays riches, d’après les conclusions du rapport fondamental Bruntland, présenté devant la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement en 1987.

Les géants du pétrole, les apprentis sorciers de l’énergie nucléaire et des biotechnologies, et les grandes corporations qui fabriquent des armes, de l’acier, de l’aluminium, des voitures, des pesticides, du plastique et mille autres produits, ont l’habitude de pleurer des larmes de crocodile pour toutes les souffrances de la nature.

Ces entreprises, les plus dévastatrices de la planète, sont également les plus lucratives. Elles sont également celles qui dépensent le plus d’argent : en publicité, qui transforme par magie la contamination en philanthropie, et dans les petites aides qu’elles offrent de manière tout à fait désintéressée aux politiques qui décident du sort des pays ou du monde. Afin d’expliquer pourquoi les Etats-Unis avaient refusé de signer la Convention de Biodiversité du sommet mondial de Río de Janeiro, en 1992, le président George Bush avait proclamé : Il est important de protéger nos droits, les droits de nos affaires commerciales.

En réalité, qu’il signe ou qu’il ne signe pas importe peu ou pas du tout parce que de toute manière, les accords internationaux valent moins que des chèques en bois. L’Eco-92 avait été organisée pour éviter l’agonie de la planète. Mais, à l’exception de l’Allemagne, et cela jusqu’à un certain point, aucune des grandes puissances n’a respecté les accords qu’elle avait signés, en raison de la panique des entreprises à l’idée de perdre leur compétitivité et de la panique des gouvernements à l’idée de perdre les élections. Celle qui les a le moins respecté a été la plus puissante de toutes, dont les objectifs essentiels avaient été clairement définis à travers l’aveu du président Bush.

Les géants de l’industrie chimique, de l’industrie pétrolière et de l’industrie automobile, qui étaient particulièrement concerné par le thème de l’Eco-92, avaient payé une bonne partie des dépenses de la réunion. On pourra dire ce qu’on veut d’Al Capone, mais lui était un gentleman : son bras droit envoyait toujours des fleurs aux funérailles de ses victimes.

Cinq ans après l’Eco-92, les Nations unies ont organisé une autre réunion, pour évaluer les résultats de cette assemblée qui devait sauver le monde. En cinq ans, la planète avait été saignée de sa peau végétale à un tel rythme que la superficie des forêts tropicales détruites équivalait à deux fois et demie l’Italie, et que les terres fertiles transformées en surfaces arides étaient aussi étendues que l’Allemagne. Deux cent cinquante mille espèces animales et végétales s’étaient éteintes, l’atmosphère était plus intoxiquée que jamais, un milliard trois cent millions de personnes n’avaient ni toit ni nourriture, et vingt-cinq mille étaient mortes chaque jour pour avoir bu de l’eau contaminée par les poisons chimiques et les déchets industriels. Peu avant, deux mille cinq cents scientifiques des différents pays présents invités par les Nations unies avaient conclu que la planète affronterait dans un futur proche des changements de climat, les plus importants de ces dix mille dernières années.

Ceux qui souffrent le plus du châtiment sont, comme d’habitude, les pauvres, le peuple pauvre, les pays pauvres, condamnés à l’expiation des péchés des autres. A la fin de l’année 1991, l’économiste Lawrence Summers, diplômé d’un doctorat à Harvard et haut placé à la Banque mondiale, a témoigné. Dans un document à usage interne de l’institution, qui a été publié par inadvertance, Summers proposait que la Banque mondiale stimule la migration des industries polluantes et des déchets toxiques « vers les pays les moins développés », pour des raisons économiques qui avaient à voir avec les avantages comparatifs de ces pays. En fin de compte, et pour parler clairement, les avantages en question étaient au nombre de trois : les salaires rachitiques, de grands espaces à contaminer et la faible incidence du cancer sur la mortalité des pauvres, qui ont l’habitude de mourir jeunes et pour d’autres causes.

La diffusion du document a fait beaucoup de bruit : ces choses se font, mais ne se disent pas. Summers avait commis l’imprudence de formuler, sur le papier, ce que le monde pratique de plus en plus, dans les faits, depuis longtemps. Depuis de nombreuses années, le Sud travaille comme éboueur du Nord. Au Sud, les usines qui empoisonnent le plus l’environnement viennent s’installer, et le Sud est le dépotoir de la plus grande partie de la merde industrielle et nucléaire que le Nord génère.

Cela fait seize siècles que Saint Ambroise, père et docteur de l’Eglise a interdit l’usure entre les chrétiens et l’a autorisé contre les barbares. De nos jours, il se passe la même chose avec la contamination la plus meurtrière. Ce qui est mal au Nord est bien au Sud ; ce qui au Nord est interdit, au Sud est bienvenu. Au Sud s’étend le règne de l’impunité : il n’existe ni contrôles, ni limitations légales, et quand elles existent, il n’est pas trop difficile d’en découvrir le prix. Il est très rare que la complicité des gouvernements locaux s’exerce gratuitement ; elles ne sont pas non plus gratuites les campagnes publicitaires contre les défenseurs de la nature et de la dignité humaine, disqualifiés comme avocats du retard, voués à effrayer l’investissement étranger et à saboter le développement économique.

Fin 1984, dans la ville indienne de Bophal, l’usine de pesticides de l’entreprise chimique Union Carbide a connu une perte de quarante tonnes de gaz mortel. Le gaz s’est diffusé dans les quartiers périphériques, tuant six mille six cents personnes, et en blessant soixante-dix mille, dont beaucoup ont succombé peu après ou sont tombées malades pour toujours. L’entreprise Union Carbide n’appliquait en Inde aucune des normes de sécurité obligatoires aux Etats-Unis.

Union Carbide et Dow Chemical vendent, en Amérique latine, de nombreux produits interdits dans leur pays, et les autres géants de l’industrie chimique mondiale font de même. Au Guatemala, par exemple, les petits avions déversent des pesticides qui ne peuvent être vendus ni aux Etats-Unis ni en Europe sur les plantations de coton : ces poisons s’infiltrent dans les aliments, depuis le miel jusqu’aux poissons, et arrivent à la bouche des bébés. Déjà en 1974, une enquête de l’Institut de Nutrition d’Amérique centrale avait démontré que, dans de nombreux cas, le lait des mères guatémaltèques était contaminé jusqu’à deux cents fois plus que la limite considérée comme dangereuse.

L’impunité de l’entreprise Bayer provient du temps où elle faisait partie du consortium IG Farben et utilisait la main-d’œuvre gratuite des prisonniers d’Auschwitz. De nombreuses années plus tard, début 1994, un militant écologiste d’Uruguay a été actionnaire de Bayer pour une journée. Grâce à la solidarité d’amis allemands, il a pu faire entendre sa voix à l’assemblée des actionnaires du second fabricant mondial de pesticides. Dans une réunion bien arrosée de bière, de saucisses à la moutarde et d’aspirines à discrétion, Jorge Barreiro a demandé pourquoi l’entreprise vendait en Uruguay vingt agrotoxiques non autorisés en Allemagne, dont trois avaient été considérés comme « extrêmement dangereux » et cinq autres « hautement dangereux » par l’Organisation Mondiale de la Santé. A l’assemblée d’actionnaires, il s’est passé ce qui se passe toujours. Chaque fois que quelqu’un les interpelle au sujet des ventes au Sud de poisons défendus au Nord, les responsables de Bayer et des autres géants chimiques ont toujours la même réponse : ils ne violent pas les lois des pays où ils opèrent, ce qui est formellement sûr, et les produits sont inoffensifs. Ils n’expliquent jamais pourquoi leurs compatriotes ne peuvent profiter de ces baumes de la nature.

Production maximum, coûts minimum, marchés ouverts, hauts bénéfices : le reste ne compte pas. De nombreuses industries nord-américaines s’étaient installées du côté mexicain de la frontière, bien avant le traité de libre commerce entre les Etats-Unis et le Mexique. Ces entreprises avaient transformé la zone frontalière en une grande porcherie industrielle ; le traité n’a rien fait de plus que d’améliorer leurs possibilités de profiter des minuscules salaires mexicains et de la liberté mexicaine d’empoisonner impunément l’eau, la terre et l’air. Pour le dire dans le langage des poètes du réalisme capitaliste, le traité maximisa les opportunités d’utilisation des ressources offertes par les avantages comparatifs. Mais quatre ans avant le traité, les eaux aux alentours de la centrale de Ford à Nueva Laredo et de General Motors à Matamoros contenaient déjà des milliers de fois plus de toxines que le niveau maximum autorisé de l’autre côté de la frontière. Aux alentours de l’usine de DuPont, à Matamoros également, il y avait un tel niveau d’immondices qu’il a fallu évacuer les gens.


Le développement

-  Le pont sans fleuve.

-  Hautes façades de bâtiments sans rien derrière.

-  Le jardinier arrose le gazon en plastique.

-  L’escalier roulant ne mène nulle part.

-  L’autoroute nous permet de connaître les endroits qu’elle a rasés.

-  L’écran de télévision nous montre un téléviseur qui contient un autre téléviseur, à l’intérieur duquel il y a un téléviseur.


C’est la diffusion internationale du progrès. On ne fabrique plus au Japon l’aluminium japonais : il est fabriqué en Australie, en Russie, et au Brésil. Au Brésil, l’énergie et la main-d’œuvre sont bon marché et l’environnement subit, en silence, l’impact féroce de cette industrie polluante. Pour fournir de l’électricité à l’aluminium, le Brésil a inondé de gigantesques étendues de forêt tropicale. Aucune statistique n’a chiffré le coût écologique de ce sacrifice. En fin de compte, c’est une habitude : la flore amazonienne subit de nombreux autres sacrifices, mutilée jour après jour, année après année, au service des entreprises de bois, entreprises d’élevage et entreprises minières. La dévastation organisée rend de plus en plus vulnérable le poumon de la planète. Le gigantesque incendie de Roraima, qui en 1998 a ravagé les forêts des Indiens Yanomanis, n’a pas seulement été l’œuvre des diableries d’El Niño.

L’impunité s’alimente de la fatalité, et la fatalité oblige à accepter les ordres que dicte la division internationale du travail, comme ce type qui s’est jeté du dixième étage pour obéir à la loi de la gravité.

La Colombie fait pousser des tulipes pour la Hollande et des roses pour l’Allemagne. Des entreprises hollandaises expédient les bulbes de tulipe, et des entreprises allemandes envoient des boutures de roses, sur le plateau de Bogotá. Quand les fleurs ont poussé dans les immenses plantations, la Hollande réceptionnent les tulipes, l’Allemagne les roses, et la Colombie reste avec ses bas salaires, une terre meurtrie et l’eau diminuée et empoisonnée. Ces jeux floraux de l’ère industrielle essorent et enfoncent le terrain, pendant que les travailleurs, presque tous des femmes et des enfants, subissent le bombardement des pesticides et des engrais chimiques.

Les pays développés qui constituent l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique organisent la coopération et le développement économique du Sud du monde, en lui envoyant des résidus toxiques qui comprennent des déchets radioactifs et autres poisons. Ces pays interdisent l’importation de substances contaminatrices, mais les répandent dans les pays pauvres avec générosité. Ils se comportent, avec les déchets dangereux, de la même manière qu’avec des pesticides et des herbicides interdits chez eux : ils les exportent vers le Sud sous d’autres noms. En 1992, la Convention de Basilea a mis un point final à ces pratiques. Depuis, il y en a plus qu’auparavant : ils arrivent déguisés en aide humanitaire ou en contributions aux projets de développement, ainsi que l’a dénoncé en plusieurs occasions l’organisation Greenpeace, ou arrivent en grande quantité cachés entre des montagnes de déchets industriels réceptionnées légalement. La loi argentine est censée interdire l’augmentation de résidus dangereux mais, pour résoudre ce petit problème, il suffit d’un certificat d’innocuité expédié par le pays qui veut s’en débarrasser. Fin 1996, les écologistes brésiliens ont réussi à stopper l’importation de batteries usagées de voitures nord-américaines, qui, durant des années, étaient entrées dans ce pays comme du matériel de recyclage. Les Etats-Unis exportaient les batteries usagées et le Brésil payait pour les importer.

Expulsés par la ruine de leurs terres et la contamination des fleuves et des lacs, vingt-cinq millions de personnes se déplacent en cherchant une place dans le monde. Selon les prévisions les plus dignes de foi, la dégradation de l’environnement sera, ces prochaines années, la principale cause des exodes de population dans les pays du Sud. Les pays qui sourient le mieux pour les photos, les heureux acteurs du miracle économique, seront-ils sauvés ? Ceux qui ont obtenu le droit de s’asseoir à la table, qui ont atteint leur but, ceux qui sont arrivés à la Mecque, seront-ils sauvés ? Les pays qui pensent avoir réalisé un grand saut vers la modernisation, en payent déjà le prix : à Taiwan, un tiers du riz est immangeable, parce qu’il est empoisonné au mercure, à l’arsenic ou au cadmium ; en Corée du Sud, seul un tiers des eaux fluviales est potable. Il n’y a plus de poissons comestibles dans la moitié des fleuves de Chine. Dans une lettre, un enfant chilien parlait ainsi de son pays : « Des bateaux pleins d’arbres s’en vont et des bateaux pleins d’autos arrivent ». Le Chili est, de nos jours, une longue autoroute, bordée de part et d’autre de shopping malls, de terres desséchées et de forêts industrielles où ne chante aucun oiseau : les arbres, petits soldats en file indienne, partent en direction du marché mondial.


Vue du crépuscule, à la fin du siècle

-  Elle est empoisonnée la terre qui nous enterre ou nous déterre.

-  Il n’y a plus de pluie, mais des pluies acides.

-  Il n’y a plus de parcs, mais des parkings.

-  Il n’y a plus de sociétés, mais des sociétés anonymes. Des entreprises au lieu des nations.

-  Des consommateurs et non des citoyens.

-  Des agglomérations et non des villes.

-  Il n’y a plus de personnes, mais des publics.

-  Il n’y a plus de réalités, mais des publicités.

-  Il n’y a plus de visions, mais des télévisions.

-  Pour faire l’éloge d’une fleur, on dit : Elle a l’air d’être en plastique.


Le XXe siècle, artiste fatigué, s’est achevé en peignant des natures mortes. L’extermination de la planète n’épargne plus personne. Pas même le Nord triomphant, celui qui contribue le plus à la catastrophe et qui, à l’heure de vérité, siffle et détourne le regard. Au rythme où l’on va, d’ici peu il faudra de nouvelles affiches dans les maternités aux Etats-Unis : Nous prévenons les bébés qu’ils risquent deux fois plus d’attraper un cancer que leurs grands-parents. L’entreprise japonaise Daido Hokusan vend déjà de l’air en boîte, deux minutes d’oxygène, pour dix dollars. Les emballages assurent : Ceci est la centrale électrique qui recharge l’être humain.

-  Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Lydia Ben Ytzhak

-  Ouvrage illustré avec 150 iconographies de l’artiste mexicain José Guadalupe POSADA (1852-1913)



-  Ref GAL 9083 - Format 14 /19

-  358 pages

-  ISBN : 2-915129-06-1 - Prix : 20 €




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